J'ACCUSE
Lettre ouverte au président de la République Française et à la conscience du monde
Monsieur le Président,
Me permettra-t-on d'interpeller votre conscience au nom des droits humains que vous prétendez défendre ? Permettez-moi de vous dire que votre honneur, si fier de ses grands traités de paix, est en train de sombrer dans la boue, le sang et les décombres de Gaza et de toute la Palestine occupée.
C'est un devoir d'humanité qui m'impose aujourd'hui de prendre la parole. Quand la vérité est étouffée sous la propagande et que l'indifférence s'installe, se taire devient un crime. Vous qui avez proclamé le « Plus jamais ça » sur les tribunes de l'ONU, comment pouvez-vous tolérer le silence de plomb et l'action honteusement timide qui entoure aujourd'hui l'extermination méthodique d'un peuple ?
Le piège de l'amalgame : Le chantage à l'antisémitisme
Pour masquer la cruauté de sa politique et neutraliser toute opposition, le gouvernement israélien et ses relais partout y compris en France au plus haut niveau de l'état, ont mis en place un mécanisme intellectuel malhonnête et redoutable : transformer systématiquement toute critique de ses actions en accusation d'antisémitisme.
Que l'on ne s'y trompe pas. Nous rejetons avec la plus immense fermeté le poison de l'antisémitisme, qui est une abjection que rien ne saurait justifier. Mais condamner un gouvernement ultra-nationaliste, dénoncer une armée qui bombarde des civils et refuser une idéologie coloniale n'est pas attaquer une croyance ou un peuple ; c'est un acte de justice universelle. Utiliser la mémoire des souffrances passées de la communauté juive comme un bouclier politique pour interdire le débat et criminaliser la solidarité est une insulte à la vérité. La foi n'exclut rien, et aucune tragédie historique ne saurait offrir de permis d'impunité éternel face au meurtre en masse.
Au-delà du 7 octobre 2023 : Une entreprise coloniale de longue date
Pour quiconque n'est pas rompu à l'histoire de cette région, il est crucial de comprendre une vérité fondamentale : l'horreur actuelle n'a pas commencé le 7 octobre 2023. Présenter ce conflit comme s'il était né ce jour-là est un mensonge par omission qui sert à blanchir des décennies d'oppression. Depuis un siècle, depuis 1948 et l'occupation des territoires en 1967, le peuple palestinien subit une spoliation continue.
Qu'ils aient été dirigés par la droite ou par la gauche travailliste, tous les gouvernements israéliens successifs ont poursuivi, de la même manière et avec la même constance, la politique expansionniste de colonisation. La gauche a souvent ouvert la voie en créant les premières implantations sous couvert d'impératifs sécuritaires, et la droite a accéléré le processus de manière forcenée. Cette continuité politique montre que l'objectif profond de cet État n'a jamais été la paix, mais la conquête territoriale maximale avec le minimum de population palestinienne.
Cette situation catastrophique et inédite n'est pas survenue par hasard ou par une fatalité de la guerre : elle est le produit de crimes de masse méticuleux commis sur le terrain. Et parmi les exécutants de cette entreprise de destruction, l'impunité la plus totale couvre les agissements de milliers de binationaux franco-israéliens partis prêter main-forte à l'armée d'occupation, engageant ainsi directement la responsabilité morale et juridique de notre pays. C'est cet enchaînement historique et cette passivité internationale qui ont pavé la voie vers les sommets de la criminalité d'aujourd'hui : un régime d'apartheid structurel, un nettoyage ethnique permanent, des crimes de guerre quotidiens, des crimes contre l'humanité commis au grand jour, et pour finir, le génocide en cours à Gaza pointé par la justice internationale.
La résistance à l'occupation : Un droit international, pas du terrorisme
Dans ce contexte d'oppression totale, on assiste à une autre manipulation sémantique inacceptable : celle de qualifier globalement toute forme de résistance palestinienne de "terrorisme" pour délégitimer leur cause.
Il convient de rappeler une vérité juridique absolue : la résistance à l'occupation étrangère et coloniale n'est pas un crime, c'est un droit fondamental. Ce principe découle directement de la Charte des Nations Unies, où la France n'a pas un rôle anecdotique, qui consacre « le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes ».
L'ONU est allée encore plus loin en l'affirmant explicitement. La Résolution 2621 (XXV) de l'Assemblée générale de l'ONU, adoptée le 12 décembre 1970, affirme solennellement :
« [L'Assemblée générale] réaffirme le droit inhérent des peuples coloniaux de lutter par tous les moyens nécessaires contre les puissances coloniales qui répriment leur aspiration à la liberté et à l'indépendance. »
Ce droit à la légitime défense collective a été réitéré à maintes reprises dans l'histoire des Nations Unies (notamment par la résolution 37/43 de 1982), validant la légitimité de la lutte des peuples sous domination coloniale et étrangère par tous les moyens disponibles, y compris la lutte armée.
Assimiler la résistance légitime d'un peuple opprimé à du terrorisme est une imposture juridique visant à interdire aux Palestiniens le droit de défendre leur propre existence. Se servir de l'attaque sanglante du 7 octobre pour réduire l'histoire à ce seul événement est une manipulation grossière. Elle vise à cacher 80 ans d'histoire de colonisation, de spoliations et de massacres israéliens. C'est une stratégie cynique pour agiter des épouvantails en Occident en alimentant un récit tronqué, qui relève de la pure propagande de guerre.
L'exhibitionnisme des bourreaux et le calvaire des prisonniers
L'impunité de cette armée est devenue si absolue qu'elle s'affiche en haute définition. Sur les réseaux sociaux, les soldats israéliens se vantent ouvertement et sans la moindre honte de leurs méfaits. Ils se filment en train de piller des maisons privées, de détruire des jouets d'enfants, de plastiquer des quartiers résidentiels entiers ou de moquer l'agonie des civils. Cet exhibitionnisme de la cruauté témoigne d'un effondrement moral total, encouragé par le silence des nations.
Pendant que ces exactions sont célébrées en ligne, une tragédie invisible se déroule dans l'ombre des geôles de l'occupant. Plus de 11 000 prisonniers palestiniens sont actuellement détenus dans des conditions inhumaines. Privés des droits les plus élémentaires, sans assistance juridique ni visites médicales indépendantes, ils subissent des tortures et des humiliations systématiques. Les rapports documentent l'horreur absolue : des passages à tabac constants, des privations de nourriture, des violences physiques et psychologiques extrêmes, ainsi que des violences sexuelles institutionnalisées, allant jusqu'à l'utilisation de chiens dressés pour violer les détenus. C'est une tentative délibérée de briser l'âme et le corps d'un peuple.
La colonisation forcenée : Cisjordanie et Jérusalem-Est
Cette politique destructive se déploie à travers une colonisation agressive en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, conçue pour annexer définitivement ces terres.
En Cisjordanie, la terre a été découpée de force en un labyrinthe invivable de zones confinées (les zones A, B et C) gérées par l'armée israélienne. Le gouvernement déclare massivement et illégalement des "Terres d'État" pour y installer des centaines de milliers de colons. Les habitations et les infrastructures agricoles des Palestiniens sont systématiquement démolies sous le moindre prétexte, tandis que des colons extrémistes, armés et protégés par l'armée, mènent des attaques quotidiennes pour chasser les habitants de leurs villages.
À Jérusalem-Est, la stratégie de nettoyage ethnique est encore plus insidieuse. Les autorités israéliennes appliquent une politique active de judaïsation de la ville. Par le biais de lois discriminatoires, les familles palestiniennes installées depuis des générations sont expulsées de leurs maisons au profit d'organisations de colons nationalistes. Les permis de construire sont quasi impossibles à obtenir pour les Palestiniens, et s'ils bâtissent pour loger leurs enfants, leurs maisons sont détruites par les bulldozers de l'occupant. En révoquant les droits de résidence et en asphyxiant l'économie locale, Israël cherche à effacer l'identité palestinienne, chrétienne et musulmane, de la ville sainte pour imposer un fait accompli colonial.
Gaza : L'éradication d'une terre et le martyre des soignants
Pendant que la terre est volée à Jérusalem et en Cisjordanie, la bande de Gaza subit une entreprise d'éradication qui ne se limite plus au nord, mais concerne désormais le territoire tout entier. À ce jour, 70 % de la bande de Gaza est occupée et rasée par l'armée israélienne, avec l'objectif ouvertement affirmé par certains dirigeants d'en arriver à 100 %. Face à ce désastre, une question fondamentale se pose : que deviennent les 2 millions de Gazaouis privés de tout par un blocage inique ? Privés de toit, d'eau potable, de terres habitables et d'avenir, ils sont condamnés à errer dans les ruines sous un déluge d'acier.
Dans cette stratégie d'anéantissement de la vie, le système de santé a été ciblé en priorité, avec 94 % des établissements détruits ou endommagés. C'est là que résonne le courage héroïque du Dr Hussam Abu Safiya, directeur de l'hôpital Kamal Adwan dans le nord de Gaza. Face aux ordres d'évacuation forcenés, aux bombardements ciblés sur son établissement et à l'arrestation de son personnel, il a obstinément refusé d'abandonner les blessés et les enfants en soins intensifs. Même après la perte tragique de son propre fils, fauché par cette folie meurtrière, le Dr Abu Safiya est resté debout dans les ruines, symbole vivant de la résistance médicale face à une volonté d'éradication totale. Il incarne, avec le Dr Adnan Al Bursh et les 1 700 professionnels de santé assassinés, le refus absolu de capituler devant la barbarie.
En France : Trahison des promesses, complicité et chasse aux militants
Cette même logique d'abandon et d'oppression se traduit en France par des renoncements politiques révoltants et une criminalisation sans précédent de la solidarité.
J'accuse le gouvernement français de trahison humanitaire et de lâcheté politique. La France s'était engagée à soigner les corps brisés en accueillant des rapatriés gazaouis pour des évacuations médicales d'urgence. Ces promesses sont restées de vains effets d'annonce, bloquées par des verrous administratifs et politiques cyniques, sous l'influence directe d'officines qui alimentent le narratif de guerre israélien, pendant que des malades condamnés meurent aux portes closes de l'Europe. De la même manière, l'accueil des étudiants de Gaza, privés d'universités puisque toutes ont été systématiquement détruites par les bombes, subit un coup d'arrêt interminable et injustifiable. On leur refuse l'asile de la connaissance, participant ainsi directement à l'effacement de l'avenir de toute une génération.
Sur notre sol, l'injustice a des visages. Depuis 2024, Ali, un réfugié palestinien ayant fui l'occupation, demeure incarcéré sous le régime de la détention administrative : sans procès, sans preuves publiques, uniquement sur la base de notes secrètes transmises par l'État oppresseur. Mais Ali n'est pas seul. Nous pensons à Elias, à Omar, à Olivia et Nicolas, harcelés ou poursuivis pour leur engagement. Nous pensons à des figures intellectuelles et politiques comme le chercheur François Burgat, le syndicaliste Anasse Kazib, et tant d'autres citoyens, militants, étudiants et élus jetés en pâture, convoqués par la police ou poursuivis en justice pour "apologie du terrorisme" pour le seul crime d'avoir dénoncé un génocide en direct.
Nous dénonçons cette dérive autoritaire : arrestations lors de rassemblements pacifiques, gardes à vue abusives, perquisitions matinales au domicile de militants associatifs, et gels des avoirs financiers pour paralyser la solidarité. On tente d'étouffer la conscience publique par la peur, la censure et la force pour complaire à une puissance étrangère criminelle.
J'ACCUSE
J'ACCUSE le gouvernement israélien d'avoir planifié et exécuté des frappes aveugles, d'utiliser la famine et le viol comme armes de guerre, d'orchestrer l'éradication complète de la bande de Gaza, et de mener une colonisation forcenée en Cisjordanie et à Jérusalem-Est pour accomplir un nettoyage ethnique global.
J'ACCUSE les puissances internationales, l'Europe et l'Amérique, d'une complicité criminelle par leurs fournitures d'armes, leurs silences calculés et leurs justifications diplomatiques, préférant le confort de leurs alliances stratégiques au respect de la vie humaine.
J'ACCUSE la justice de notre pays de fermer les yeux sur la participation de milliers de binationaux franco-israéliens à des crimes de guerre, leur garantissant une impunité totale sur le sol de la République.
J'ACCUSE les frères de sang et de géographie de ce peuple d'une ingratitude et d'une passivité féroces, d'avoir abandonné la Palestine à son sort, préférant la sécurité de leurs frontières à la noblesse de la justice.
J'ACCUSE le gouvernement français d'avoir cédé aux pressions d'officines partisanes en bloquant les évacuations médicales et l'accueil des étudiants de Gaza, d'avoir trahi le droit d'asile avec l'incarcération d'Ali, et d'orchestrer une répression policière et judiciaire contre Elias, Omar, Olivia, Nicolas, François Burgat, Anasse Kazib et tous les défenseurs de la paix.
Je n’ai qu’une passion, celle de la lumière, au nom de l’humanité qui a tant souffert et qui a droit au bonheur. Ma protestation enflammée n’est que le cri de mon âme face à l'inacceptable. Qu’on ose donc me traduire en justice pour ces vérités et qu’on m’enquête au grand jour !
L'acte que j'accomplis ici n'est qu'un moyen de hâter l'explosion de la vérité. Je n'ai qu'un désir : que les 80 ans de spoliation palestinienne ne soient pas effacés par les récits tronqués de la propagande, et que la voix de la justice ne soit jamais étouffée.
J'attends.
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